En vidant mon placard j'ai retrouvé mes poupées. Leurs cheveux doux. Leurs petits vêtements. J'ai retrouvé des peluches, couvertes de poussières et à moitié décousues. J'ai retrouvé ces choses inutilisables, sales, déchirées. Et j'ai pris les albums photos. Je me suis regardée, petite, rieuse, poupées et peluches dans les bras, cheveux en batailles. Heureuse. Au fur et à mesure que les pages se tournaient, que je me regardait grandir sur le papier glacé, j'ai été envahie par une étrange nostalgie. Et j'ai essayer de me rappeler ce qu'était être enfant, être insouciante. Mais je n'ai pas réussi. Alors j'ai essayé de deviner, de me recréer des souvenirs. Je sais qu'ils sont enfouis, quelque part dans un coin sombre de ma tête,et qu'un jour tout remontra. Du moins je l'espère. Mais le fait de ne plus me souvenir ce qu'était être enfant, une vraie enfant, a été un déclic. J'ai eu envie de rejouer avec mes poupées, de les habiller, de leur parler. On a beau dire "tu es grande maintenant", ai-je vraiment envie de grandir, ai-je vraimant le choix? Je voudrais rester enfant, mais il faut que je sois grande, que je devienne grande. Seulement, le poid de la vie, cet énorme masse de tristesse, d'injustice, de déception m'écrase. J'avance puisqu'il faut avancer, et chaque pas me sépare de mon enfance. Et chaque pas me rapproche un peu plus des responsabilités qui m'attendent, de l'inconnu qu'est l'avenir. J'y arriverai, j'en suis capable, mais au prix d'effort importants, et de souvenirs défaillants.